la notation adoptée

La Notation adoptée pour la description du parler berbère

des Aït Sadden

 

 

 

 

 

-1 Préambule :

 

         Le parler à l’étude, par rapport aux autres parlers, n’a pas bénéficié de travaux et d’intérêts, en dehors de quelques articles de L. Galand, de K.G. presse et d’A.Basset . La description que nous entamons ici  porte sur un corpus que nous avons enregistré en Août – Septembre 1986 auprès de jeunes lycéens (Hsini Mohammed, Ben Ettaleb Farid, Ben Ettaleb Mohammed) dont l’âge varie entre 18 ans et 22 ans ; l’enregistrement  sur cassette ne garde de l’acte de communication que l’aspect sonore, tandis que les autres supports de la communication comme la gestuelle, la  mimique, le vestimentaire…… demeurent  absents.

 

Ce corpus est divisé en deux genres :

 

         -le premier est présenté  sous forme de récits à thème relatant l’activité journalière de l’informateur, la rentrée scolaire, le voyage …, référenciés, dans l’étude en cours, par des numéros (ex (11.6).

 

- alors que le second repose sur l’enregistrement des phrases tronquées au cours des conversations entre amis, et d’autres que nous avons friquées nous-mêmes, référenciées comme suit (B.15)).

        

Le corpus recueilli a quelques limites :

 

- en soi, il ne peut être représentatif de la réalité linguistique de la communauté à l’étude ;

-Un autre problème, celui-ci est lié aux informateurs : ils sont tous scolarisés ; la ,  l’influence de l’école et du milieu socio-culturel (la proximité de la ville de Fès) accueillant les jeunes  lycéens, ne doivent pas être sous-estimés ; aussi, à ne pas négliger le plurilinguisme existant chez les informateurs, ce qui ne vas pas sans provoquer des interférences, et secondairement de ne pas considérer ces informateurs comme témoins du parler analysé ; car  on pense décrire un parler, alors qu’on ne décrit que le propre usage des informateurs ; Ainsi, se pose le problème de la production des phrases et celui de la définition de la langue ; celle-ci ne peut être uniquement composée d’un nombre fini  de phrases, voire d’un répertoire limité de signes, parce qu’il  existe des phrases possibles, non encore réalisées ; cet état de faits rend légitime la conception de la langue comme un procédé de combinaison de signes (mots) et une application de règles grammaticales à ces signes et non pas comme une somme de faits ; pour ceci, le corpus doit être étendu et ouvert afin que les éléments rares et spontanés ne soient pas exclus de la description, il doit nous renseigner sur les faits récurrents du langage parlé, sur les ruptures  de construction et sur les phrases non-achevées qui résultent d’une difficulté d’expression ou d’une hésitation au niveau de l’interprétation.

 

-2  La notation :

        

On distingue  deux types de notation, l’une est phonétique, l’autre est phonologique. On ne parle alors de transcription que lorsqu’un  discours linguistique  est remplacé par un ensemble  de signes symbolisant les sons du  langage. Le terme, de « notation » s’avère plus adéquat, dans la mesure où il est la représentation graphique d’un système de données phoniques. On a donc intérêt  à  préviligier le terme de « notation » (phonétique ou phonologique) par  rapport à celui de « transcription », qui  fait appel à la graphie traditionnelle. On envisage deux types de  notation :

 

- La notation phonétique : elle est considérée comme le seul procédé qui se rapproche le plus de la prononciation réelle, là où chaque son est représenté par un signe.

- La notation  phonologique : sert à noter les traits et les différences phoniques ayant une fonction linguistique ; cette pratique consiste à dégager, avec l’appui de l’épreuve de « commutation », des classes d’opposition entre phonèmes (i-e les plus petites unités). A ce niveau, toute variation individuelle, régionale et contextuelle est à écarter ; à titre d’exemple, nous avons les phonèmes /s/ et (k) qui semblent fonctionner comme variantes dans les mots suivants : akal ou asal « sol », ik b ou  is-b « renard »,  tafukt ou tafust « soleil », takurt ou tasurt « ballon ».

-Ainsi  la notation phonologique est adoptée au  profit de la notation phonétique qui néglige le paramètre  fonctionnel des faits phoniques.

        

         -3 le système de notation : Notre parler, comme la majorité des parlers berbères, fonctionne avec les trois voyelles fondamentales : /a/ (non fermé), /i/ (fermé-antérieur), /u/ (fermé-posterieur), qui ont une position stable et déterminée par la nature  morphologique du mot ; ainsi, une voyelle peut s’allonger ou s’abreger selon le contexte phonique où elle apparaît , sauf le cas d’une coloration quantitative qui n’a pas encore bénéficié d’une  recherche rigoureuse en berbère.

 

         Les  nuances et les  variations que peuvent présenter  ces voyelles sont dues à l’environnement et à l’articulation des consonnes avoisinantes ; à ce niveau L.Galand (1) affirme qu’il « ne semble pas qu’un rôle phonologique soit dévolu en berbère à la quantité phonologique ».

L’examen du système consonantique de notre  parler révèle des oppositions qui portent sur les corrélations suivantes :

 

         A/ La corrélation de tension : la tension, en berbère, constitue un type d’opposition pertinente  (phonème simple / phonème tendu) ; ce qui lui confère donc un statut phonologique, ex :

 

 

Af « sois meilleur que …. »                    /       aF « gonfle » (2)

Iswa « il a bu »                               /        la ySwa « il est en train d’irriguer »

 

La tension peut être, aussi, phonétique (c’est le cas de l’assimilation) et morphologique (concernant la formation du thème d’inaccompli, ex : la ySwa). Elle  entraîne souvent  des changements au niveau de certains séries ; ex :

/g/ devient /Q/ dans le verbe Fg « sortir » qui  devient ad Fq « je sortirai », de même /s/ devient  /K/ dans les verbes : Wt « frapper » qui devient la ykart « il est entrain de frapper », et S « donner » qui devient la ytaka « il donne, habituellement ».

         b/ la corrélation d’emphase : on  lui attribue su statut phonologique du fait de l’existence de deux réalisations différentes de phonèmes : un phonème emphatique / un phonème emphatisé ; ce dernier se réalise au contact d’une consonne  emphatique. Notre parler possède deux phonèmes emphatiques /d/ et /Z/, communs à tous les parlers berbères – ex :

azum  « jeûner »

Zal « prier ».

Si les autres consonnes sont attestées comme emphatiques ou emphatisés, ce n’est que sous l’effet de la coloration d’emphase opérée par le contexte immédiat ou par  l’emprunt à l’arabe.

 

 

     C/ La corrélation de labio-vélarisation :

Il s’agit, en général, de la concomitance de deux articulations : ce sont des consonnes labiales ou  vélaires accompagnées d’une articulation semi-vocalique, dans notre parler, un seul phonème tendu /Gw/ semble être attesté, et un autre simple /bw/, dans les dérivés  à base de bu -, ex :

Bw fus « le manchot » ou

Bufus « le manchot ».

 

D/ La corrélation voyelle /semi-voyelle : le système phonologique du parler connaît les deux oppositions classiques : voyelle / semi-voyelle : /w/ /u/ et /y/ - /i/ ; ces quatre unités se comportent comme  des phonèmes/

 

Ex :            - ini « dis »                   / - iny « il a monté »

 

                   - zwr « falsifier »         / -zur «   se  rendre à un bien saint »

                  

                   - aru « écris »     / - arw « mets au monde »

 

 

Le /i/ se réalise  (y) au contact d’une voyelle ;

Ex :  - y usi « il a pris » - yufa « il a trouvé »

Il  se réalise tantôt (i) , tantôt (y) devant une ou deux consonnes, ici, joue la neutralisation de l’opposition /i/ - /y/ au profit de la voyelle qui suit .

Ex :

I Na « il a dit »   - ica « il a mangé »

 

YNa                      yca

 

- 4  les accidents phonétiques :

La  rencontre et la jonction des mots provoquent,  parfois, de nombreux accidents phonétiques, ils se produisent, soit à l’intérieur  d’un même mot –c’est le cas de l’emphase qui affecte aussi bien les voyelles que les consonnes -, soit à la frontière de deux mots différents – neutralisation ou assimilation.

 

A propos des voyelles, nous  avons souvent le neutralisation de l’opposition /i/ - /y/, au détriment  de la semi- voyelle /y/ ;

 

Ex : iDa « il est parti »         - yDa « il est parti »

La semi-voyelle /y/, peut intervenir pour rompre  le hiatus :

- dans  un énoncé interpellatif :

         a y aryaz ! « ô homme ! »

- dans un énoncé présentatif :

         ha y aryaz « voilà l’homme ».

- devant  un pronom affixe indirect :

         iNa y as  « il lui  a dit »

         isa y as « il lui a donné ».

 

 

Il en est de même pour le pronom affixe direct ou indirect (1 ère personne du singulier).

 

i+i  ---- y,   isa yi « il m’a donné »

                   yumz iyi « il m’a attrapé »

                   ur iy iNi « il ne m’a rien dit ».

A côté de la rupture par épenthèse de semi-voyelle, il existe, aussi, l’élision :

/a+a/ = a, isa as --- is as « il lui a donné ».

/i+a/ = a , ini as --- in as « dis-lui ».

 

Il  est à souligner que ce phénomène phonétique ne s’opère  pas au contact des voyelles du verbe et de son objet.

 

(B.1) isa aham Ns i muhand « il a donné sa maison à Muhand ».

        

En d’autres lieux, nous remarquons le passage fréquent de la semi-voyelle palatale /y/ à l’occlusive sonore  /G/, surtout dans le cas de la focalisation : ceci, lorsque la particule  ay est précédé par un verbe ou un participe  à initiale i- ou y-,

 

(B-2) aryaz ag-gD ah « c’est l’homme qui est  parti ».

 

         le même type d’amalgame caractérise    la particule interrogative may :

 

         (B-3) mag siwln ? « qui a parlé ? ».

 

         Ces modifications concernent, notamment, les prépositions lorsqu’elles sont mises au contact d’une voyelle :

 

1-   /i+u/      ----    /Gw/

i uham   ----    Gw Ham « dans la maison ».

 

         2-  / i+W/  ----    /Gw/

      i was    ----    Gw as « à la journée »

 

3- /i+i/       ----    /G/

    i id         ----    G id « dans la nuit ».

 

4- /n+t/      ----    /t/

    n t mTut ----    tmTut « de la femme »

 

5- /n+m/    ----    /M/

    n mMi    ----    nMi « de mon fils »

 

6- /n+r/      ----    R/

    nrBi       ----    Rbi « de Dieu »

 

7- /n+l/      ----    /L/

    n l- mgrib        ----- Lmgrib « du Maroc ».

8- /m+w/   ----    /M/

    am wazar ----  aM azar « Comme les cheveux ».

 

9- /m+u/    ----    M

    m ul       ----    M ul « celle ayant le cœur ».

 

10- /zi+i/   ----    /G/

     zi admad        ----    ZG id mad « depuis tout à l’heure ».

 

         Pour la  conjonction aDay « quand – lorsque », nous relevons les cas suivants :

 

1-   aDay + i ---- a Day : aDay i Du --- aDay y Du

2-   aDay + y         ---- aDay : aDay  yawd --- aDa yawd

3-   aday + i ---- aDay ini --- eDa gini

4-    aDay + as ---- aD as --- eDay as is ---- aD as is

5-    aday + N --- aDa N --- aday N yawd --- eDa N yawd.

 

Ou bien, dans la quasi – totalité des cas, nous avons la réalisation de aDay + N (modalité démonstrative) en a Z a N :

ADay N yawd --- a Z a N yawd « quand il arrivera la-bas ».

 

         Dans ce type d’amalgame , une notation phonologique doit prévaloir pour des raisons diverses :

 

- elle permet l’identification des constituants de la structure syntaxique tels qu’ils sont émis et prononcés par un sujet parlant ;

 

- elle obéit aux nécessités de l’écriture, en établissant une distanciation lors du passage du code oral au code écrit

 

 

 

        

 

(1)L. Coland, phonétrique en dialectologie, p 228

(2) Dans ce cas, se pose le problème de l’indentification des phonèmes : un ou deux phonèmes.

        

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Dernière mise à jour de cette page le 12/02/2007

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