L'analyse fonctionnelle appliquée
au parler Amazigh des Ait Sadden
Dans la description du parler des ait sadden, nous avons pris comme modèle théorique, l'analyse fonctionnelle, telle qu'elle est recommandée par A, Martinet.
Notre, souci serait, donc, de retracer les positions adoptées par l'auteur en se souscrivant à son enseignement et respectant ses points de vue ; tels quels sont exposés dans les ouvrages de base :
- Grammaire fonctionnelle du français, paris, 1979.
- Analyse et présentation, München, 1975.
- Analyse linguistique et présentation des langues, Palermo, 1969.
Ce plan distigne deux grandes étapes : analyse et présentation.
1- le premier travail du descripteur sera la collette d'un matériau
( corpus enregistré et transcrit par la suite) afin de dégager les monèmes (équivalents aux mots de la grammaire traditionnelle) ; dans ce cas, il faut prévoir les notions d'amalgame(1) et de signifiant discontinu(2) pour éclairer et justifier l'emploi du concept « monème ». toujours dans le cadre de l'opération « d' analyse », la segmentation de la phrase nous livre deux types de signes :
æ† Monèmes libres : éléments constitutifs du mot et de la phrase.
æ†Monèmes conjoints : éléments formants les dérivés.
2- Une fois les monèmes (mots) dégagés, une opération
d'identification est nécéssaire, celle-ci nous permet de passer en revue les modifications formelles correspondant à des choix significatifs. On retrouve les variations formelles dans le cas de « l'homonymie » et de la « polysémie » ; on parlera d'homonymie lorsque des signifiés (ou contenus) se trouvent confondus en un seul signifiant (on forme) ; le terme de polysémie est réservé au cas où c'est le contexte qui tranche dans l'emploi des différents sens.
Cette phase d'analyse est rendue difficile, surtout quand on se place sous l'angle synchronique, par l'impossibilité de trancher entre les cas polysémiques et homonymes.
Ainsi, à côté des variations des signifiés d'un même signifiant, nous trouvons la variation des signifiants d'un même signifié : dans ce cas, il s'agit, le plus fréquemment, des unités grammaticales, aux quelles, d'un contexte à l'autre, on peut reconnaître un signifié commun, ou bien une distribution complémentaire.
3- La troisième démarche du descripteur consiste en l'établissement des classes de monèmes (mots) déjà identifiés (cf. 2) sur la base de leurs « compatibilités ». Dans cette perspective, nous préférons le terme de « classes syntaxiques » à celui de « classes d'unités », pour lever toute ambiguïté entre « classe » et « unité ».
Ainsi, nous pouvons classer ensemble les monèmes qui présentent les mêmes compatibilités et qui s'excluent mutuellement.
La compatibilité, peut être définie comme la possibilité qui ont un ou deux monèmes - on peut ranger, aussi, parmi cette classe, les dérivés puisqu'ils ont le même comportement syntaxique que les monèmes de figurer dans un rapport de dépendance et d'être liés par une « relation syntaxiques » ; le terme de relation syntaxique sert à désigner les rapports de détermination et de coordination entre les unités significatives.
Au terme de ces définitions, il convient, d'une part, de spécifier la nature des rapports existant entre les mots à classer ; dans ce cas, si les monèmes (mots) de deux classes sont compatibles, cela ne veut pas dire qu'ils vont, nécéssairement, se trouver en contact dans la phrase, ainsi, une relation de compatibilité ne doit pas être confondue avec une simple « coexistence » ou « co-présence », termes impropres, dans la mesure où ils suggèrent la contiguïté et le voisinage des monèmes dans un contexte.
D'autre part, la compatibilité ne peut être qu'entre les classes et non pas entre les « monèmes individuels » de ces classes.
Ainsi l'analyse, selon A. Martinet, est composée de :
- La segmentation de la phrase (1) qui livre des unités significatives.
- L'identification (2) qui permet de considérer les différentes unités de la phrase comme constituant un même monème (mot), et
- Le classement (3) de monèmes (mots) sur la base de leurs compatibilités.
C'est à partir des résultats de l'analyse (segmentation (1), identification (2) et classement (3)) que nous pouvons présenter la grammaire d'une langue, dont le but est strictement « didactique ». cette présentation comporte :
a- l'inventaire: Ce temps de la présentation consiste à dégager les
mots mutuellement exclusifs et de mêmes compatibilités. Quand au mode d'exposition des résultats, on se ralliera au plan adopté par F. Bentolila (« grammaire fonctionnelle ») qui, pour chaque classe, étudie chacun des domaines (morphologie, axiologie) ; plus loin, l'auteur précise que « chaque classe fait l'objet d'un chapitre particulier comportant deux rubriques obligatoires (définition et unités) et, le cas échéant, une morphologie et une axiologie ». (p. 30).
En ce qui concerne le traitement de la liste des classes existantes,
il convient, dès l'abord, de distingue entre les classes lexicales et les classes grammaticales :
- Pour les classes lexicales, domaine ouvert et illimité, elles ne pourront être représentées
que par un titre plus au moins descriptif. Dans ce cas là ; qui en sera-t-il des zones de chevauchement dans la mesure où une classe lexicales pourrait avoir des compatibilités aussi bien avec une classe lexicale. C'est le cas, d'ailleurs, du verbe qui est défini par sa compatibilité avec la modalité aspectuelle et ainsi sa compatibilité avec la classe du nom.
De ce fait résulte le problème des critères identificatoires des classes :
Une fois les classes identifiées en termes de compatibilité, on se rendra compte qu'il
n'est pas possible de se contenter d'une simple énumération, il serait donc préférable d'articuler le chapitre de présentation avec la syntaxe en se basant sur les points qui suivent :
1- procéder à une « hiérarchisation » des compatibilités, comme le cas du verbe où il est question des modalités verbales obligation et des modalités verbales facultatives, en évoquant le type de relation(déterminant ou déterminé).
2- Grouper les compatibilités d'une même classe en plusieurs séries différentes sur la base de la fonction.
3- Réunir dans des classes différentes, n'y ont pas la même fonction des unités dotées d'une même compatibilité.
Ces quelques remarques illustrent, clairement, l'embarras du descripteur en face d'une classification des mots de la langue.
Il arrive parfais qu'en appliquant les critères de compatibilité et d'exclusion mutuelle, on remette en cause le caractère de la structure de la langue : les classes de mots inventoriées coïncident-elles avec les « anciennes parties du discours » ? A cette question, A. Martinet nous apporte la réponse en précisant que « si nous écartons partie du discours de notre vocabulaire c'est surtout que nous désirons marquer qu'il n'y a pas de parties du discours qui préexistent de toute éternité et sont valables pour toute langue. Chaque langue comporte ses propres faisceaux de compatibilités », C'est pour cette raison que l'approche fonctionnelle refuse l'usage du terme « catégorie », qui nous rappelle les parties du discours, dégageant les classe d'unités significatives caractérisées par leurs compatibilités ; ce sont ces classes qui forment l'inventaire d'une langue à l'étude ; la non-ressemblance des inventaires fait la différence entre les langues.
Le critère de compatibilité peut-il suffire à classer les mots d'une langue ? Peut-on se contenter de ce seul critère, on devra-t- on tenir compte des fonctions ? Et adopter ainsi le point de vue de D. François pour qui les seules compatibilités ne semblent pas pouvoir aboutir à un classement si l'on fait abstraction de la fonction. Mais ceci, nous permettra-t-il d'éviter des classements multiples et disparates ?
Au contraire, les classes grammaticales qui comportent un nombre déterminé d'unités « seront naturellement présentées in-extenso ». (A.Martinet), leur première caractéristique est de n'entretenir qu'un type de relation avec une classe.
b- La morphologie :
Il nous semble, dans l'état actuel de la recherche, que la définition la plus rigoureuse et la plus cohérente de la morphologie est celle proposée par A. Martinet.
Cerner le domaine de la morphologie en le dissociant de celui de la syntaxe pose des problèmes théoriques difficiles, peut être, parce que le terme « signifiant » prête à confusion, ou bien, parce que la morphologie est envisagée comme l'étude du mot et la syntaxe comme la combinatoire des mots.
1/ le terme « morphologie » est employé, traditionnellement, pour désigner l'étude des formes, il s'agit de l'examen des variations formelles sous lesquelles se présentent les mots d'une langue. Cette description opère avec le mot (3), concept qui manque de rigueur et de définition universellement valable, dans cette optique, la morphologie est considérée comme l'une des deux disciplines constituant la grammaire, l'autre étant la syntaxe.
2/ Pour les structuralistes américains, la morphologie est l'étude de monèmes tant grammaticaux que lexicaux, dans la mesure où ils sont les éléments constitutifs des mots. Elle a, donc pour objet l'étude :
- Du classement et de la distribution des morphèmes à l'intérieur du mot (« morphologie »).
- Des changements formels qui se produisent à la suite des combinaisons de morphèmes (« morphologie »).
3/ L'analyse fonctionnelle ne s'aventure que prudemment dans ce domaine.
Si nous procédons par un relevé systématique des définitions de la morphologie présentée par A. Martinet, c'est pour souligner les modifications et les élargissements du champ de la morphologie, au nom de la précision et de la cohérence.
La morphologie, selon A. martinet, est la présentation des variations des signifiants de monèmes, ainsi elle est des trois étapes de la « présentation didactique ; ailleurs, il la définit comme le chapitre de la grammaire qui traite de l'ensemble des faits formels non pertinents de la première articulation du langage.
Dans cette optique, la morphologie est conçue comme l'examen des variations formelles des signifiants de monèmes et le conditionnement de ces variations.
Il est à préciser que ces variations peuvent concerner aussi bien les monèmes grammaticaux que les monèmes lexicaux, c'est-à-dire qu'il y a une morphologie de la grammaire, et une morphologie de la syntaxe.
Dans cette partie, il serait question, aussi, des variations non pertinentes, c'est-à-dire ne faisant pas l'objet d'un choix du locuteur, telles que les phénomènes d'accord et les positions respectives des monèmes.
c- L'axiologie:
Elles est considérée comme la « dernière-née » du modèle fonctionnaliste ; elle s'oppose, en matière du sens, à la sémantique, comme la phonologie s'oppose, en matière des sons, à la phonétique.
La sémantique traite des faits linguistique sans référence aux structures et aux rapports qu'entretiennent les unités d'une langue, elle s'intéresse à l'étude du sens, général, independemment de l'usage.
L'axiologie permet de dégager les valeurs signifiées qui établissent les oppositions entre les différentes unités de la classe, elle est conçue comme le traitement et « l'étude des valeurs ainsi dégagées par opposition. Cela n'a, bien entendu, de sens qu'à l'intérieur d'une langue donnée, puisque chaque monème n'est opposé qu'aux monèmes de la même langue, et non à des notions abstraites de valeur universelle ». (A. Martinet. P. 22).
A ce niveau, il est utile de distinguer axiologie et lexicologie : l'étude axiologique est limitée aux valeurs des unités grammaticales, quand aux valeurs lexicales, elles relèvent de la lexicologie.
d- La syntaxe :
Notre propos ici ne sera pas de passer en revue toutes les définitions
de la syntaxe, afin d'apprécier leur degré d'adéquation dans l'étude des langues, mais nous nous contenterons de préciser le terme « syntaxe » tel qu'il est entendu par A. Martinet, pour qui la syntaxe n'est pas, comme ou le pense souvent, l'examen de la combinatoire des monèmes mais « l'examen de la façon dont les rapports existants entre les éléments de l'expériences à communiquer sont marqués dans une succession d'unités linguistiques de manières que le récepteur du message puisse reconstruire cette experience. » (p. 19).
La syntaxe étudie et établit pour chaque élément ce qu'on appelle
« fonction » de cet élément (4), c'est-à-dire, une mise en relation dans la phrase des unités linguistiques, qui correspond, sur le plan non-linguistique, au rapport des éléments avec l'expérience. Cette première démarche de la syntaxe permettra à l'auditeur de reconstruire une experience, non-linéaire, à partir de la linéarité de la phrase.
L'objet de la syntaxe fonctionnelle est de décrire les moyens dont
dispose une langue pour marquer les rapports entre les mots, c'est sur la base du critère de l'autonomie syntaxique qu'on peut établir le classement fonctionnel d'une langue :
- Monèmes autonomes : monèmes comportant en eux-mêmes
l'indication de leur fonction, ils sont « ceux qui se chargent eux mêmes d'indiquer leur fonction, qui ne dépendent donc, pour ce faire, ni d'un autre monème, ni de leur position par rapport aux autres éléments de la phrase ». (A. Martinet : p 130).
En impliquant les rapports avec le reste de la phrase ils sont
déplaçables sans que se modifie le sens de celle-ci.
- Monèmes dépendants : Ne signalent pas par eux-mêmes leur
fonction dans la phrase, l'indication de leur rapport syntaxique est exprimée soit par la position, soit par un monème fonctionnel, ils sont selon A. Martinet, « ceux dont la fonction est indiquée par leur position par rapport à leurs voisins, soit par le moyen d'un fonctionnel adjoint. Parmi ces monèmes dépendants, on rencontre aussi bien des éléments lexicaux, {...}, que grammaticaux {...} » (p. 132).
- Monèmes fonctionnels : l'indication de la fonction peut être
exprimée par l'adjonction de monèmes spécialisés qui, eux-mêmes, n'assument aucune fonction dans la phrase, mais dont le rôle est d'assurer la fonction d'un autre monème. Ainsi, ils sont définis par A. Martinet comme des monèmes « qui servent à indiquer la fonction de leurs voisins et leur confèrent une autonomies syntaxique identique à celle dont disposent les monèmes autonomes ». (p 131).
Cet examen permettra, donc, ce distinguer, parmi les monèmes
grammaticaux, entre les fonctionnels et les « modalités ».
Une modalité est considérée comme un type spécifique de monème « qui en détermine d'autre, mais n'est déterminé par aucun, donc, {...}, un déterminant non-déterminable. Il se distingue ainsi parfaitement des indicateurs de fonction, ou fonctionnels qui ne sont pas des déterminants, mais des connecteurs ». (p. 40).
L'introduction du concept d'autonomie syntaxique est révélatrice dans la mesure où il assigne à la syntaxe fonctionnelle la tâche d'étudier et d'examiner les fonctions sans oublier qu'il existe une « morphologie des unités syntaxiques, c'est -à-dire que syntaxe et morphologie ne s'opposent pas comme le feraient des disciplines d'un même plan ». (p. 644).
e- La synthématique :
Le chapitre « synthématique », sera consacré à la présentation des
processus de combinaison de mots. Elle englobe les traitements traditionnels de la composition de la dérivation et du figement.
Cette partie permet la distinction entre des monèmes et des monèmes
conjoints ; A. martinet a proposé le terme de « synthème » pour désigner « une unité significative, formellement et sémantiquement analysable en deux ou plus de deux monèmes, mais qui, syntaxique ment, entretient les mêmes relations avec les autres éléments de la phrase que les mon èmes avec lesquelles elle alterne ». (p. 233).
Quand au terme « syntagme », il est réservé aux combinaison de
monèmes résultant de choix distincts.
Dans ce domaine, comme cela apparaît dans la démarche de F.
Bentolila, qui place la synthématique après la morphologie, reste à savoir où situer le chapitre de la synthématique ?
Dès l'inventaire, on est amené à identifier les synthèmes avec leurs
variantes de signifiants ce qui donne droit de cité à une morphologie de la synthématique où sont traitées les variations formelles des éléments de la dérivation ou de la composition ; la synthématique pourrait comporter également une syntaxe, sous réserve de maintenir une distinction entre syntaxe proprement dite et une syntaxe des synthèmes.
Conclusion:
Nous avons essayé, ici, de retracer les grandes lignes de la mise en chapitres, telles que les a recommandées A. Martinet en distinguant ordre d'analyse et ordre de présentation ;
- L'existence d'un chapitre inventaire dans lequel sont exposés les classes de monèmes (lexicaux et grammaticaux), se conçoit comme préliminaire aux autres chapitres dans la mesure où des considérations morphologiques, syntaxiques et axiologiques sont prise en compte.
- La morphologie est le traitement des variations de signifiants, quant à l'examen des valeurs des signifiés, le modèle a proposé l'axiologie pour libérer la syntaxe de toute tentative sémantisme : ainsi la syntaxe se voit désencombrée des variations non pertinentes de signifiants en s'assignant un objet bien déterminé ;
- Si les valeurs grammaticales sont limitées à l'étude axiologique, les valeurs lexicales (lexicologie) demeurent presque inexistantes dans la théorie fonctionnaliste, dans ce cas, une étude de faits du lexique permettra de mieux cerner et l'axiologie et la synthématique.
(1) Consiste en une fusion formelle de deux ou plusieurs monèmes (mots) en un seul signifiant ;
(2) Segments de la phrase qui sont scindés et séparés les uns des autres par les signifiants d'autres monèmes.
(3) Ce concept n'a jamais joui d'une définition satisfaisante, raison pour laquelle A. martinet lui préfère « monème » ;
(4) En grammaire traditionnelle, « fonction » sert à désigner le rôle qu'assume un mot dans une phrase, par opposition à sa nature.
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