les formes may , ay et leurs variantes ma(mi).a(i) en tamazight

                                    Les formes may_ ay  et leurs variantes ma ( mi) _a ( i)  en Tamazight

 

           

Introduction :

Le support de détermination tel qu’il a été défini par L.Galand (1969) est un «  nominal dont la fonction propre est de recevoir un déterminant , élément démonstratif , proposition relative ou complément déterminatif . » . Notre description portera sur deux unités grammaticales :

-        le focalisateur ay « ce’que’  » et

-        l’interrogatif may «  que ,qui »  d’une part , et de l’autre , les prépositions i « à » « dans » de l’autre .

1-Le focalisateur ay « ce ‘que’ » : ce morphéme connaît la distribution suivante :

    a- il se combine avec les modalités démonstratives (-a , -inn , -nna ) .

 

(1)   ay a(d)  «  ceci »

(2)   ay inn «  cela »

(3)   ay nna «  cela » «  ce ….en question »

 

il peut etre introduit par l’identificateur d «  c’est « :

 

(4) d ay a ac iqqimn « c’est ce qui te manque »                 

 

il peut déterminer un prédicat , un nominal  et les indéfinis kulci  qqah 

 

(5)iqqim uy a «  il reste ceci »

(6)aryaz ay a «  c’est un homme , celui-ci . »

(7) qqah ay a «  tout ceci « 

( 8) kulci ay a  «  tout ceci « 

 

il détermine un verbe dans  une  relative participiale ,

 

(9) ay nna ag-gcca uryaz  «  ce que l’homme a mangé « 

pour montrer le jeu de l’assimilation , la segmentation  est nécessaire : ay + participe ,qui , au contact de l’indice y ( - i ) , par assimilation devient g  ( voir L.Galand , 1957 )

 

il est introduit par une préposition :

(10) isla i uy a «  il a entendu ceci « 

(11) ibby zi uy a «  il a coupé de ceci « 

 

b- le focalisateur ayest fréquent dans les propositions  à prédicat  non- verbal , sa fonction essentielle est la mise en relief ( i.e la focalisation ) : le terme anticipé est souvent un nominal précédé ou non de la particule d ; tandis que le deuxième terme , il peut ètre une modalité démonstrative ( -a(’d’) , inn ,nna ) , un participe , un verbe à sujet personnel  et un syntagme en mi .

 

- le deuxième terme est une modalité démonstrative : le prédicat nominal ( premier terme) peut ou ne peut étre précédé de l’identificateur d :

 

(12) (d) anzar ay a «  c’est de la pluie « 

 

- le deuxième terme est un participe , qui est un cas particulier de la relative : le premier terme est un nominal , le deuxième est un verbe au participe :

 

(13) nttan ag-gusin lhact a «  c’est lui qui a pris cette chose . »

(14) aryaz ay d iddan  «  c’est un homme qui est venu . »

 

il arrive que le dérivé ay-nnasoit , aussi , complété par un participe :

 

(15) y-usy ay-nna ag-gqqimn  «  il a pris ce qui restait . »

 

On se demande alors ,ici , si la focalisation et la relative participiale sont homonymes ; avec ay-nna, on n’arrive pas à distinguer une relative d’une focalisation  , mise à part l’ aspect prosodique .

 

-Le deuxième terme est un verbe à sujet personnel : ay fonctionne dans ce cas soit comme objet , soit comme une expansion régie par une préposition :

 

(16) (d) aryaz ay annayx  «  c’est un homme que j’ai vu . »

 

Pour le cas de la préposition , on reléve trois types de construction :

 

(17) ibba a gr ddix  «  c’est mon père chez qui je suis allé . »

premier type ou la préposition suit le focalisateur .

 

(18) ibba a gr ddix «  c’est mon père chez qui je suis allé . » , deuxième type , variante du type 1 .

 

(19) gr ibba a gr (mi) ddix «  c’est mon père (que) chez qui je suis allé . » , deuxième type et sa variante  ou la préposition figure deux fois , avant l’antécédent et après lui .

 

(20) gr ibba ay ddix «  c’est chez mon père que je suis allé . » , troisième  type  ou la préposition figure devant le régime focalisé .

 

2-L’interrogatif may«  que ,qui. » : il y a un type de propositions ou le Tamazight présente les marques formelles d’une subordination , c’est le cas de l’interrogation  introduite par may, suivie d’une relative .

La forme may est conçue comme un «  amalgame d’un monème interrogatif et du monème ay . »  ( Bentolila .F. 1981 ) .Elle peut avoir une expansion de forme participiale quand il y a une coréférence entre l’antécédent et le sujet de la relative , et une expansion de forme personnelle :

 

- le deuxième terme est un participe :

 

(21) m(a) ag-gccan ?  «  qui a mangé ? . »

(22) m(a) ag-gzran ?   «  que s’est – il passé ? . » 

 

- Le deuxième terme est une forme personnelle ;  deux cas se présentent : selon que  may  est objet ou régime d’une préposition .

 

 

 a- may  est objet :

 

(23) m(a) ac isn  t ? «  qu’est- ce qu’il t’ a montré ? . »

 

 b – may est régime d’une préposition : à ce niveau , plusieurs questions doivent étre posées , on aura à expliquer le comportement du pronom mi ( variante de may ) à la lumière des trois stades ou types , déjà énoncés :

 

- stade 1 . l’interrogation avec focalisation :

 

(24) ma gr tddit ?  «  chez qui allais –tu ? . »

 

- stade 2 . l’interrogation à focalisation  avec  mi

 

(25) ma gr mi tddit ?   «  chez qui allais –tu ? . »

 

- stade 3 .l’interrogation non focalisante .

 

(26) gr mi tddit ?  «  chez qui allais –tu ? . » 

 

Ce stade se rencontre plus fréquemment dans les interrogations indirectes .

 

(27) ur yufi s mi ga  yagul . “ il n’ a pas touvé avec quoi repartir . »

 

ou bien c’est ma , variante de may  , qui apparaît ;

 

(28) ur yufi s ma ga yagul

 

On déduit de cette description que le focalisateur  ay  présente la variante a  dans les contextes suivants :

- devant la modalité du non-réel ga :

 

(29) mism a ga tyt add(a) ac tini b d iyi .   comment feras-tu quand elle te dira de la laisser … »

 

_ devant le complexe préposition + mi  .

 

(30) mchal a s mi t izznz ? „ à quel prix l’ a –t-il vendu ? . »

 

- devant le premier terme de la négation  ur .

 

(31) ddix gr s ansa , muhand a wr iy i  yufin . “ j’ ai été au rendez-vous , mais c’est Mohamed qui ne m’a pas trouvé . »

 

L’interrogatif may peut se présenter sous la forme  ma  dans les mêmes conditions citées plus haut, sauf si may est séparé de  ga  par d’autres éléments .

 

3-Les prépositions i « à,pour .» et  i  «  dans . » :

 

On peut établir le classement des prépositions selon leur syntaxe et leur sémantique :

-La syntaxe :Boukhris F( communication orale ,CAL-IRCAM, Octobre , Rabat 2004 )   distingue entre une préposition à l’état isolé , ce sont des prépositions qui ne se construisent pas avec un pronom affixe ( n « de « , al  «  jusqu’à «  ,  bla «  sans «  ….) et proposition à pronom affixe , celle qui se construit avec des pronoms affixes (xf «  sur » , zi «  sur «  gur «  chez , vers «  …..) ; en d’autres termes , il existe des prépositions qui se combinent avec des pronoms interrogatifs comme gr , s , i , zi   ….. ; et les autres qui sont incompatibles avec ces mêmes pronoms comme  al , bla ….

 

-Le sens : une autre analyse nous permettra de classer les prépositions selon deux contextes principaux :

 a- la nature des compléments , c’est-à-dire que le choix d’une préposition est influencé par la valeur conceptuelle du complément qu’elle introduit , alors c’est le complément qui sollicite la préposition .

   b- Le contenu sémantique de la préposition justifie son utilisation avec le complément qu’elle accompagne  .

 

1-i «  pour , à «  datif , avec valeur attributive garde la forme i pour traduire la valeur d’attribution  en se réalisant adevant les pronoms personnels :

 

(32) igra (y) as  «  il l’ a appelé « 

 

après les interrogatifs ou dans une structure focalisante , cette préposition                          se transforme en mi

 

(33) i wmddakl nns a mi guzn tabrat «  c’est à son ami qu’il a envoyé la lettre « 

 

2-i «  dans «  locatif ; on a la forme g-g devant un nominal à initiale vocalique , alors que la variante di se réalise devant les pronoms personnels ; cette préposition répond à la question (i) mani ? «  ou, ?«  , i mi ? «  dans quoi ? »

 

(34)  daymn i mknas a mi tzruy  «  c’est toujours à Meknes qu’elle consulte un médecin . »

ici , aussi , mi peut être conçu , en relative comme variante de la préposition i «  dans «  , elle-même homonyme de i «  à «  .

Les exemples (33)-(34) montrent que mi est une variante des deux prépositions  i «  à «  (33) et i «  dans «  (34) ; peut-on donc l’analyser comme pronom relatif , issu de l’amalgame de la préposition  i  et du pronom mi , lui-même variante de may ; cette hypothèse est valable aussi pour i  et a  , variantes de  ay , on aura donc :

(33’) i wmddakl nns i mi guzn tabrat

(34’) daymn i mknas i mi tzruy .

Ce qu’il faut noter , c’est que l’évolution de mi , variante de may  , vers le statut de pronom relatif a commencé à partir de ma, autre variante de may .Quand l’antécédent est sujet , c’est ay  qui apparaît et non pas mi ; c’est donc la fonction prépositionnelle qui a permis àmi de connaître un tel essor , et de lui accorder le statut du pronom relatif .

 

 A partir du moment ou’ la fonction relativisée est complément d’une préposition , la présence et le recours à un pronom résomptif deviennent nécessaires : il occupe la fonction relativisée et signifie que le terme qu’il représente doit être identifié à un référent fourni par le contexte ; et il compense , aussi , l’absence d’un pronom relatif qui est , traditionnellement , défini comme un subordonnant jouant un rôle dan s la subordonnée tout en entretenant une relation avec son antécédent , situé dans la principale .

La relativisation en Tamazight a contribué à la formation de tours idiomatiques fort divers dans lesquels le sentiment de l’origine , en remontant l’histoire de cette langue , est plus ou moins incertain ; ainsi , mi s’emploie dans des tours ou on exprime deux fois la même fonction : on a d’abord utilisé l’exemple (17) puis (18)(19) et enfin l’exemple (20) .

                                                                                    

                                                        Ahmed,Bououd,

                                                         Faculté des lettres , Ain Chock, Casablanca.

 

Bibliographie.

 

Bentolila,F, (1981) , grammaire fonctionnelle d’un parler berbere.Aït Seghrouchen D’Oum Jniba (MAROC) , SELAF , p.101 .

Bououd , A, (1990) , grammaire et syntaxe d’un parler berbere.Aït Sadden (Maroc central) INALCO, Paris .

Galand, L, (1957), un cas particulier de proposition non-verbale : l’anticipation renforcée et l’interrogation en berbere .p .27 , Memorial A.Basset , Paris Maisonneuve .

Galand , L , (1969) , types d’expansion nominale en berbere, p.96, Cahiers de F ,de  Saussure, n° 25 .

 

structures morphologiques de l'amazighe.CAL.IRCAM, 7 et 8 octobre.2004
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Dernière mise à jour de cette page le 25/07/2007

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