la place de la femme amazighe dans le procéde decolactation ou co-allaitement

     La  place de la femme amazighe dans le procédé de colactation (ou co-allaitement).

 

Plan :

1-     Tada, définition

2-     La parenté colactationnelle

3-     Le rite cérémonial

4-     Les règles et canons de Tada.

5-     Conclusion.

 

1-    définition :

 

Tada se définit comme un accord, un pacte, un engagement, ou tout simplement comme une forme d’alliance intertribale ou intra tribale, pendant la période de pacification.

    a-etymologie :

Tada est une action de prendre le sein, d’être allaité, ttd ‘ prendre le sein, allaiter ‘udud ‘ action d’allaiter’, utada ‘ le colacté’, ulttada.’ La colactée’.

Sein : amazighe : abubbu ‘singulier ‘ , ibubban ‘ pluriel ‘

          Latin : sinus, pli, courbe, poitrine, partie où se trouve les poitrines.

Mamelle : amazighe, iff’singulier’, iffan ‘pluriel ‘

                   Latin, mamma, organe qui secrète le lait.

Lait ; amazighe, aġu.

           Latin : lactem, actif de lactis, ce qui a donné lactaire , lactation , lactifère.

 

Femme : amazighe : tamttut

                Latin : femina

                Grec : guné , composante qu’on retrouve dans une famille de mots correspondants à la femme , androgyne , misogyne , gynécologie , gynécée…

Mère : latin : mater

            Amazighe : imma ; racine qui forme ult-ma «  ma sœur » et y-ma «  mon frére «  , ce qui renvoie à la notion de frères utérins et sœurs utérines .

 

2-     la parenté colactationnelle :

 

Les amazighes accordent une importance capitale à la parenté et à l’alliance par le lait ‘ colactation ‘ ou  ‘co-allaitement ‘

* l’importance des liens de parenté sont attribués à la femme chez les imazighens , ce qui veut dire que la parenté maternelle ( ou la matrilinéarité )avait précédé la parenté  paternelle ( ou la patrilinéarité ) qui , dans la majeure partie du monde arabo-berbere , avait dominé jusqu’alors ; en d’autres termes , la filiation s’effectue souvent par le lignage patrilinéaire où l’agnation se fait du côté paternel qui devient alors l’éponyme en offrant son nom à sa progéniture ; contrairement à la femme qui est absente du procédé agnatique et de la conception , elle n’apparaît que pour la production du lait .

*l’alliance par le lait ( ou la co- lactation ) est une stratégie qui favorise le maintien de la paix et de la solidarité à la fois intertribale et intra tribale , elle renforce la croissance démographique , qui se fait toujours par la génération naturelle et la paternité légitime, et par une sorte de paternité adoptive , permettant ainsi de protéger et de naturaliser utada ( le frère colacté) établi sur le territoire de la tribu d’accueil.

*l’alliance inter tribale revêt un caractère magique et symbolique , utilisant le procédé de la colactation , elle s’assimile à une imitation de la parenté maternelle émanant de la mère par le lait .

Elle crée des liens virtuels et sociaux  entre deux ethnies, deux clans ou deux tribus ; ces liens sont régies par des régles et des obligations juridiques et morales qui s’imposent aux personnes unies par le sang ‘ idammn ‘ ,c’est-à-dire que le contrat passé entre deux individus s’ est transposé aux tribus.

La colactation est conclue par l’utilisation de deux substances liquides émanant du corps humain , à savoir le sang ‘idammn ‘ et le lait ‘ aġu ‘, avec la prédominance de ce dernier ; qui bénéficie d’un caractère prophylactique  et d’un pouvoir sacro magique jusqu’à prendre la valeur d’engagement et de promesse solenelles ‘ tayallit ‘:

          Uhqq iff n may c

          Uhqq iff nna mi n ttd

          Uhqq iff nna numz

          Uhqq aġu n may c ..

Tada prend la forme d’un accord ,  contrat , traité , pacte ou   tout simplement d’ une convention que deux fractions  ou deux tribus concluent , par l’échange de bols remplis  de lait ; lait absorbé par les assistants  appartenant aux deux tribus différentes; chez les ait Ndir ( tada des ait Sadden) , on relève une variante de l’absorption symbolique du lait , pour traduire la parenté, en alignant sept femmes  nourrissant sept bébés ,   de part et d’autre , et on fait circuler et échanger  le bol  rempli du lait extrait des femmes réunies pour l’occasion..

 

3-    le rite cérémonial :

 

 la Tada se déroule, généralement, en trois phases  et suivant un rituel qui fait intervenir, au moins, trois composantes ; à savoir : le lieu , le repas et l’objet symbolique.

 

·        la première phase consiste à rassembler les protagonistes de l’action de tada au tour d’un sanctuaire ou d’un marabout ( amrabd ) , à défaut d’un amoncellement de pierres ( akarkour ) en souvenir de conflits et de rivalités en les tribus ;

·        la deuxième phase se réalise au tour d’ un repas communiel , consommé et pris en commun par les deux groupes , qui représentent les deux tribus signataires du pacte ; la consommation collective de la nourriture revêt une importance capitale dans l’imaginaire des imazighes puisqu’elle présente une configuration culturelle , sociologique et surtout spatiale , propres à des schémas et des codes en vigueur.

Chez les Arabes , l’alliance est sanguine , elle est effectuée à partir des pratiques utilisant le sang comme matière sacrificielle ; ainsi les sacrifices du mariage , du baptême , de la circoncision , des moussems , de la commémoration des saints …se font à base de l’immolation , suivie d’un repas collectif pour sceller le pacte notifiant une alliance entre familles , un mariage ou tout simplement une amitié.

Chez les Imazighes , on relève deux versions :

1-     les parties en présence ont été , préalablement , allaitées ensemble par une même femme, ce qui renvoie à une sorte de fiction ,  de simulation , sinon une mise en scène d’un acte d’allaitement.Cet acte peut se réduire à deux frères , qui se disent frères de tada  ou , simplement la «  petite tada  » et il utilise de façon stratégique le système de parenté , tel qu’il est élaboré par C.LEVIS-STRAUSS : frére , sœur ... , exemples : u-tada «  frére de lait  «  , ult-tada «  sœur de lait « , ayt tada «  les fréres de lait «  , ist-tada «  les sœurs de lait « ..

2-     la deuxième version consiste en la préparation d’un couscous, aspergé et  arrosé du lait des femmes des deux tribus contractant le pacte ; ainsi , la tada s’assimile à la tétée collective et prends forme d’une colactation effective afin de donner le sens à une fraternité réelle.

   .         * la troisième phase se déroule au tour de deux amoncellements de sandales ou de chaussures  ( akarkour ) qu’on avait érigés à cet effet ; on les cache par un burnous et on effectue un tirage au sort des chaussures droites.

A chaque fois qu on pioche et on tire une sandale de chaque tas , puisqu’on en a deux  , les deux tirés , qui sont les propriétaires des deux sandales , se trouvent alors unis par le pacte de la colactation et de la fraternité simulée et quelques soient le sexe ( homme , femme ) , l’âge ( jeune , moins jeune ..) ou le statut social ( riche , pauvre )..

Les deux versions : colactation ( par le lait ) ou l’alliance collective ‘ premiére version ) est consolidée par la fraternité individuelle( deuxième version ) , établie par le tirage  au sort des sandales ; ce qui nous donne une relation métonymique entre la tribu et le membre appartenant à cette tribu :

             Tribu : lait  ---------- individu : sandale.

 

4-les règles de tada :

 

Tada stipule un certain nombre de points qu’il faut appliquer , scrupuleusement , par les parties contractant le pacte :

-         il est interdit de se marier entre les deux parties aussi bien au niveau de la tribu qu’au niveau de la famille , de la fraction et du clan ; ce qui laisse entrevoir la prohibition des relations sexuelles incestueuses : en Islam , la colactation ( ou co-allaitement ) est considérée comme une cause de nullité d’un mariage .

-         il est aussi interdit de se faire la guerre , de rentrer en conflit , de s’entretuer , de se disputer , de se voler , de se jeter le mauvais sort …

-         il est obligatoire de porter assistance à l’autre partie en cas de danger (pandémie, incendie, inondation,  catastrophe naturelle..)

-         l’hospitalité et la générosité sont de règles, une fois sur le territoire de la tribu

-         le recours au commerce illicite ente les deux parties est interdit

-         tout service rendu par l’une des parties est gratuit

-         en cas de litiges, le recours au droit commun est de mise

-         la transgression et la violation d’un des points soumettent leurs acteurs à des amendes ( ddit ) , le cas contraire pousse les parties à la dissolution du pacte.

 

Pour la bibliographie , je vous renvoie au texte fondateur de G.Marcy.

 

Conférence donnée à Khemisset , Association Amnay Houdarrane , 3 Janvier 2009.

 

Ahmed Bououd

bououd1@yahoo.fr

http://bououd.e-monsite.com.

 

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Dernière mise à jour de cette page le 14/06/2009

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